Banana Yoshimoto - Lézard

Je crois que Yoshimoto a un peu disparu de la circulation. Elle n'a rien publié depuis une dizaine d'année, et en lisant celui-ci, qui date de 1993, je comprends un peu mieux pourquoi. J'ai dû aller fouiller dans les oubliettes de raindrops pour me remémorer ce que j'avais ressenti à la lecture de Kitchen et de N*P. Après avoir constaté avec effarement que ces lectures remontaient à 2004 et que j'étais depuis devenu une vieille chose, j'ai repris mes esprits et commencé à comprendre ce qui avait disparu.

En fait, c'est juste que là où j'avais trouvé un onirisme diffus et une peinture délicate des sentiments, avec cette distance toute japonaise presque incompréhensible quand elle est lue avec des yeux occidentaux, je n'ai éprouvé dans ces nouvelles qu'une vague forme d'ennui. Miraculeusement, je ne me suis pas laissé décourager par les premières, qui ne présentent qu'un intérêt limité et dont l'écriture est sans aucun relief (et pour une fois, mon intuition me dit que la traduction n'est pour rien dans l'accumulation de platitudes). Je me suis un peu réveillé avec Rêve de Kimschi. Pas vraiment de quoi m'extasier, mais au moins ça devenait un peu mignon.

Et puis les deux dernières, Du sang et de l'eau et Histoire curieuse des bords de la rivière m'ont ramené tout ce que j'avais aimé et me l'ont encore plus fait regretter. J'ai retrouvé ces histoires de couples dont le mystère s'évapore doucement, et dont les liens apparaissent par petites touches intangibles, au gré de détails qui semblent d'abord insignifiants. Mais étonnamment, Yoshimoto est plus à l'aise quand ses personnages sont face à la perte et au deuil, ici ils sont sans doute un peu trop heureux dans un monde un peu trop accueillant, et on dirait presque qu'elle même baille doucement.